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Littérature

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Fleshtown, grosse bourgade du Kansas. Deux dangereux pervers se sont échappés du bagne. Darling est seule : tous les habitants sont partis faire la fête à la foire des éleveurs de porcs. Pendant toute une longue nuit, elle va devenir la proie des deux forcenés. Dehors, la vie continue : le shérif Prentiss enquête sur un café-billard tenu par Sam, mari complaisant qui essaie de détourner la loi… en se servant de sa femme. Sigmund-de-Pigalle, musicien bossu, visite les femmes seules pour leur vendre des "articles coquins". L'austère pasteur Bergman, déclare la guerre au "vice" - mais est-ce sincère ? Marge, l'institutrice, est prête à tout pour que son passé de dévergondée ne parvienne pas aux oreilles de son nouveau mari…
Ainsi débute la saga de Darling, pastiche baroque de la littérature porno américaine des années soixante et galerie balzacienne de personnages plus vicieux les uns que les autres. Une histoire débridée, accompagnée de descriptions sexuelles plus vraies que nature. Une quête obsessionnelle, une complaisance enjouée, que seule peut rendre l'épithète " pervers ", souvent appliquée à l'auteur.
entretien avec Esparbec
Esparbec, la publication de La Foire aux cochons après La Pharmacienne ressuscite un personnage-clé de votre production pornographique, Darling. Parlez-nous de ce personnage…
Quand j'ai publié le premier Darling, je visais avant tout à écrire des "bouquins de cul" qui seraient aussi de "vrais romans". Avec de vraies histoires et de vrais personnages. Il s'agissait pour moi d'une "NOUVELLE PORNOGRAPHIE", comme il y a eu un "Nouveau roman". Seule ressemblance avec celui-ci, de longues et minutieuses descriptions (insistance obsessionnelle pour les sexes de femmes et les actes sexuels divers (fellation, léchage, sodomie), descriptions d'une grande véracité physiologique et refus systématique de toute exagération métaphorique. Le personnage de Darling "poupée du vice", (50 titres parus) est celui où je me suis personnellement le plus impliqué ;c'est une forme de pastiche baroque poussée le plus loin possible dans "le vicieux" : Darling c'est l'archétype de la fausse ingénue vicieuse rougissante, un poncif de la littérature porno US des années soixante.
La Foire aux cochons comme La Pharmacienne est une comédie, votre art de la description y tient une grande place.
Oui, tous les ouvrages où apparaît le personnage de Darling ont été écrits "au premier degré", autour de fantasmes qui me sont propres. Je suis essentiellement voyeur, les scènes que je montre au lecteur sont donc très minutieusement décrites. Il n'est pas rare qu'une page entière, voire davantage, soit consacrée à la description d'un sexe de femme (objet de prédilection de mes fantasmes). Un des schémas les plus fréquents est celui qui propose à un ou plusieurs hommes voyeurs, les "exhibitions" plus ou moins volontaires, plus ou moins de mauvaise foi, plus ou moins cyniques, d'un ou plusieurs personnages féminins. Le sexe de la femme est l'objet du désir. Il est présenté au lecteur et consommé par les protagonistes masculins (qui se repaissent de ses moindres détails, le reniflent, le masturbent, le lèchent toujours très longuement avant de passer à la phase pénétrante). Vision assez machiste, j'en conviens. Mais pas exclusive, loin s'en faut: il arrive assez souvent que l'objet du désir soit un jeune garçon offert à la convoitise de femmes plus ou moins mûres, plus ou moins lubriques; dans ce cas, le "mâle" est l'agneau du sacrifice, la femme est la "louve", "l'ogresse". Ou encore un "mâle" dans la force de l'âge, un "macho" assez sordide, pris au piège par des adolescentes, devient à son grand dépit (dépit d'autant plus grand qu'il constate avec horreur le plaisir qu'il prend à son asservissement) leur "jouet sexuel", un gode vivant, un phallus ambulant qu'elles prennent plaisir à humilier et dont elles jouissent sans scrupules.
Votre littérature est ouvertement "pornographique", terme que vous revendiquez…
Oui, j'avais en effet remarqué que le point faible des pornos ancienne manière était d'avoir systématiquement recours à la métaphore : mangue, figue, etc... pour pallier la difficulté à rendre cet "objet" visible au lecteur : le sexe de la femme. Moi, j'ai toujours aimé cet objet ("Le con (cunt), c'est ce qui te rend si belle, ma jolie", disait déjà L'Amant de Lady Chatterley); j'ai donc voulu lui rendre sa place centrale. L'objet du désir dans les pornos de mes collections, c'est le sexe de la femme. (Et par extension, la femme qui est autour, comme les pétales autour du pistil). Mon autre ambition était de rendre à la pornographie la place qu'elle occupait au XVIIIème et au XIXème (surtout en Angleterre, pendant la période victorienne). Ces textes vendus sous le manteau étaient écrits par de vrais écrivains doublés d'authentiques obsédés. Ils étaient lus par des lecteurs exigeants; ouvrages du second rayon, certes, mais pas de second ordre. Pour s'en convaincre, outre Restif, Crébillon et consorts, il suffit de relire John Cleland, certains Maupassant ou Apollinaire écrits sous pseudonymes ou Ma vie secrète, ce monument récemment traduit par le regretté Mathias Pauvert. Ce qui me différencie des autre "produits" érotico-porno : refus de l'EROTIQUE aussi bien que DU PORNO BAS DE GAMME. Ni érotique (soft, grand public, métaphorique, "littéraire"), ni pornographique (connotation sex-shop). Il s'agit tout bonnement d'écrire des ROMANS SEXUELS. Les romans policiers parlent de flics et d'assassins. Les romans sexuels parlent du sexe. Décrivent le sexe. En évitant les deux excès : sombrer dans la vulgarité, ou se cacher derrière les "jolies phrases".
Esparbec, à quoi sert un bouquin de cul ?
Le roman pornographique est un OBJET DE PLAISIR, donc, une SOURCE DE DESIR. Si l'on en croit Groddeck, tout acte sexuel est masturbatoire. Se masturber avec un livre ou avec un partenaire sexuel n'est pas foncièrement différent. Le fantasme est en papier au lieu d'être en chair, voilà tout.
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