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LA LETTRE D?ESPARBEC
Voilà plus de vingt ans que je rame à Média 1000. C?est en novembre 85 que j?ai publié mon premier porno. Porno ? C?est beaucoup dire, on barbotait alors dans le cul glamour. La petite crotte que j?avais pondue pour me « conformer à la ligne éditoriale » (surtout, que ça ne soit pas salace !) s?intitulait « La Voleuse de plaisir ». Plus douceâtre que ça, n?y avait qu?Harlequin ! De l?orgeat en fait d?orgie ! Il ne m?a fallu que quelques mois pour mettre un peu d?ordre dans la maison : « On fait du cul, non ? Alors, que ce soit du cul ! Ne trichons pas ! Le cul, c?est pas sucré ! C?est pas soft ! Le cul, c?est tordu, et c?est obscène, comme dans la vie ! » C?est en mars 87 que j?ai lancé « Les Confessions », et, vu le succès immédiat (enfin, se dirent les lecteurs, du vrai cul !), j?ai enchaîné avec « Les Interdits » en 88. Quand Richard Scarla m?a apporté son manuscrit, il y avait déjà deux ans que je tirais le roman de gare vers le porno « vicieux », bien loin de ce qu?on appelait encore « les romans de charme »... Ces fadaises me donnaient une telle nausée que j?avais tendance à pousser trop loin dans le sens, comment dirais-je, « crade », « tordu », « anormal »... Les scènes sexuelles n?étaient jamais assez « décrites » à mon gré. Je voulais que le lecteur y assiste comme un voyeur, pas comme un lecteur. Et donc, je me méfiais des auteurs qui avaient trop de « style ». J?avais peur qu?on prenne plus de plaisir à les lire qu?à essayer de « voir » les scènes qu?ils décrivaient. Le problème, c?est que, justement, du « style », Scarla en avait à revendre. Et (c?est vous dire à quel point je pouvais me planter), je m?en désolais ! « Nos lecteurs ne veulent pas lire des phrases bien. »