L'art et la manière d'écrire une scène de sexe dans un roman érotique - Partie 2

Partie 2 - Soigner sa langue. Christophe Siébert vous dit tout ce que vous devez savoir pour devenir des experts en écriture érotique !

Les scènes de cul dans un roman érotique sont comme les scènes de violence dans un polar : des moments incontournables à ne surtout pas rater ! Je pose systématiquement cette question aux autrices et auteurs interviewés ici : « Selon vous, qu’est-ce qui caractérise une bonne scène érotique ? » Toutes et tous s’y prêtent de bonne grâce et nous dévoilent leurs trucs et leurs techniques. Il me semble que m’adresser à moi-même cette question cruciale était la moindre des choses !

Une scène de cul est excitante si elle est écrite dans une langue simple, fluide et précise, si elle privilégie les détails parlants aux descriptions trop riches, si elle fait la part belle aux sensations et si le point de vue est clair et cohérent.

Déjà, par pitié, mollo sur les termes qui fleurent bon le roman érotique des années 70.  Oubliez les vits, les cons, les chagatte, les cramouilles et compagnie. Bite, chatte, sexe, vagin suffisent largement !

Pour le choix du lexique, du niveau de langage, des structures de phrase, vous avez principalement deux options : soit être raccord avec le personnage qui raconte, soit rester naturel – et ça vaut d’ailleurs pour l’ensemble de votre roman érotique, pas uniquement pour les scènes de cul. Écrivez ce qui vous semble juste et exact, ne cherchez pas à sonner littéraire. La préciosité, les tournures rares, poétiques, sont surtout kitsch.

Aussi sexy qu'un rapport de police

En matière de description, on trouve deux écoles : la statique façon Balzac et la dynamique façon Hemingway. La première s’attarde sur l’objet décrit : c’est le siècle de la peinture et des débuts de la photo, le réalisme doit donner tous les détails. La seconde préfère l’action. Les objets sont nommés plutôt que décrits et composent une toile de fond laissant place à l’imagination : c’est le siècle du cinéma, le réalisme consiste à traduire le mouvement et l’action, la fluidité.

Vous devez lier les deux. Une bonne scène de cul est riche et fluide, précise et dominée par l’action. Équilibre délicat : dans chaque phrase on doit visualiser le mouvement, le tableau d’ensemble et les détails. Sans oublier que les cinq sens doivent être sollicités. La masse d’informations à communiquer est énorme et simultanée. Et il ne faut pas laisser de côté les sensations, les émotions ni les sentiments, sans quoi votre roman érotique deviendra aussi sexy qu’un rapport de police ou un bilan médical. 

Une scène de cul est une machine à fabriquer de la narration

L’utilisation du contexte permet aussi d’enrichir la scène : la colère qui se transforme en tendresse entre deux personnages qui baisent après s’être engueulés ; la timidité qui s’efface ; la peur de se faire griller qui décuple l’excitation ; la jalousie ou la honte ; les pensées parasites… Une scène de cul est une machine à fabriquer de la narration et tout ce qui constitue la richesse de la condition humaine y a sa place. Se limiter à décrire des trucs qui pénètrent des machins serait une terrible erreur.

Enfin, il ne faut pas se tromper de point de vue. Que vous écriviez à la première ou à la troisième personne, il faut choisir à travers quel personnage on vit la scène. Et ce qu’éprouvent, ressentent, expriment les autres protagonistes ne nous sera accessible que par son truchement du personnage principal : ce qu’il perçoit mais aussi ce qu’il devine, croit, imagine, etc.

Pour savoir quels éléments rendront la scène excitante, compréhensible et intéressante à lire, et lesquels sont insignifiants ou alourdissent, pas de miracle : relire, réécrire, retravailler sans cesse ! Et virer sans pitié tout ce qui n’est pas nécessaire.

Savoir ne pas tout dire

L’autrice ou l’auteur n’est pas là pour tout raconter. Au contraire, il faut organiser, choisir, imposer une direction, un angle, un sens et un hors-champ. Ce qui rend intéressant un roman érotique – et n’importe quel récit de fiction –, c’est finalement ce qu’on décide de ne pas raconter. La même scène de cul, écrite du point de vue d’un personnage ou du point de vue d’un autre, ne raconte pas du tout la même chose – et vouloir les deux à la fois ne vous rendra pas exhaustif mais simplement confus.

En conclusion, on pourrait dire qu’écrire, c’est d’abord savoir quoi ne pas écrire.

À dans deux semaines ! J’aurais la joie d’interviewer Christophe Bier, déjà bien connu de nos services, et auteur pour la collection Les Aphrodisiaques de l’excellentissime L’Homme chien, ou les confessions d’un toutou et d’une toiletteuse, déjà disponible en librairie et bien sûr sur notre site.

Et si d’ici là vous voulez lire des romans qui explorent de façon très réussie la notion de point de vue, je vous conseille de jeter un œil, et même les deux, à Belles-sœurs, d’Italo Baccardi, et à L’Innocente, de Luc Farnade.