Interview de Jules Fontaine, auteur du roman érotique Les Initiatrices

Christophe Siébert interroge Jules Fontaine sur son nouveau roman, son univers et l'écriture érotique.

Dans ma précédente chronique, j’avais annoncé un article consacré à l’art et la manière d’écrire une bonne scène de cul dans un roman érotique. Mais l’actualité en a décidé autrement puisque vient de paraître Les Initiatrices, le deuxième roman de Jules Fontaine aux Nouveaux Interdits, une excellente histoire d’initiation sexuelle, de libertinage et de découverte de soi dans la lignée de son premier titre, le tonique et remarqué Les Vices de Camille.

Jules Fontaine, nos lecteurs vous connaissent déjà, donc entrons directement dans le vif du sujet. Ce deuxième roman érotique a-t-il été plus difficile à écrire que le premier ?

Absolument ! Autant Les vices de Camille est sorti de moi naturellement, autant Les Initiatrices a demandé des mois et des mois de travail, des reprises, des coupes, des versions différentes, des moments de doutes et d’insomnies… On devient sans doute plus exigeant avec le temps. Et puis il y a la crainte de décevoir les lectrices et les lecteurs qui ont apprécié le premier. Mais une fois posé le point final, la satisfaction n’en est que plus grande.

"Des désirs et des plaisirs qu'il ne pensait pas pouvoir vivre"

De quoi parle Les Initiatrices ?

Les Initiatrices, ce sont toutes les femmes que va rencontrer Alex, le héros un brin désabusé de ce roman érotique, lorsqu’il décide de quitter Paris pour revenir dans sa ville natale au bord de l’Atlantique, afin d’écrire enfin son roman. Parmi elles, de vieilles copines et des habituées du Perroquet Bleu, un bar tenu par un couple de lesbiennes. Certaines sont entreprenantes et Alex ne sait pas dire non. À trop passer de lit en lit, son roman n’avance pas. Mais sa rencontre avec Niki va lui redonner de l’énergie… et aussi le pousser vers des désirs et des plaisirs qu’il ne pensait pas pouvoir vivre. Ce qui n’ira pas sans créer des conflits, car Alex est un quadra plutôt macho. 

Dans ce livre comme dans le précédent, il est question de liberté sexuelle et de découverte de soi, de ses désirs cachés. Est-ce un sujet qui vous importe ?

Se comprendre et se réinventer passe selon moi par l’expérimentation de ses désirs profonds, parfois les plus obscurs. Un roman érotique permet d’explorer beaucoup de choses et notamment de fouiller dans l’intime, à la recherche d’une vérité que l’éducation et la société maintiennent sous un couvercle bien hermétique. C’est le travail de l’écrivain que d’interroger ses personnages et écouter ce qu’ils ont à raconter. Personnellement, je le fais avec deux partis-pris assumés : ancrer mes situations dans le réel et toujours considérer le sexe et les plaisirs comme étant par nature jouissifs et joyeux.

"Une phrase, sans idée de la suite"

Selon vous, qu’est-ce qui caractérise une bonne scène érotique ? 

Il faut agencer, comme au cinéma, gros plan et cadrage plus large, tout en mêlant action et sentiment. Décrire les actions des protagonistes et aussi ce qu’ils ressentent. Honte ? Plaisir ? Refus ? Peu importe. Il faut arriver à les rendre vivants. D’où l’importance, dès le départ, de me demander qui sont ces personnages avec qui je vais vivre quelques mois. Quels désirs connus ou inavoués les animent, comment vont-ils évoluer ?

Quel genre d’écrivain êtes-vous ? 

Je pars souvent sur une phrase, sans idée de la suite, avec un ou deux personnages qui seront les protagonistes. D’un cadre géographique aussi. Le reste vient, ou pas. Parfois longtemps après. Je crois aussi à la vertu de l’écriture journalière. Pas un jour sans une phrase, ou deux. Ou plus. Avec des mots simples et des phrases qui se tiennent. Quitte à sabrer des passages qui n’apportent rien au récit. À la relecture, il faut que tout soit fluide. Que l’on puisse lire son texte à voix haute sans trébucher sur une tournure mal foutue. Je suis un artisan besogneux.

Un monde bienveillant et ouvert

Vous êtes très actifs sur les réseaux sociaux et entretenez un rapport très convivial avec vos lectrices et vos lecteurs. Cette proximité compte-t-elle pour vous ?

Énormément. Je suis actif sur X (ex-Twitter), où j’ai rencontré mes premières lectrices et lecteurs, qui m’ont encouragé à présenter des textes plus longs que ceux que j’écrivais alors. C’est grâce à ce réseau que j’ai pu échanger avec des autrices et des auteurs qui m’ont poussé à écrire un roman érotique alors qu’au départ je n’y croyais pas trop. Un monde bienveillant et ouvert. Cinq après, certains de ces contacts sont devenus des amis, que j’ai pour certains rencontrés pour de vrai et avec qui j’ai toujours plaisir à échanger. 

Je vous retrouve dans quinze jours pour un nouvel article, consacré cette fois à l’art et la manière de rédiger une scène de sexe dans un bon roman érotique ! En attendant, jetez-vous sur les romans de Jules Fontaine et, si vous voulez découvrir d’autres roman qui parlent de libertinage, pourquoi ne pas jeter un œil sur Escapades libertines, d’Eden Liber ?